jeudi 19 février 2009

Elle a pesé toute sa vie, guère plus qu’elle ne pèsera toute sa mort

Sans vergogne, je visitais l’appartement. Je la trouvais là, allongée, nue, légèrement de côté, la tête en arrière. Son amant gisait, vautré dans la concupiscence à se croire si bien membré.
Lily me jaugeait vaguement, à peine étonnée par la vision d’un inconnu dévêtu se promenant dans ses deux cent mètres carré. Moi je ne savais d’elle que ce que j’en avais vu en début de soirée.

Je m’étais invité à l’un de ces défilés de mode où des pédales défoncées vendaient des styles à gerber à des femmes de financiers convaincues qu’ainsi harnachées, elles feraient oublier leurs décrépitudes botoxées et leurs culs déchirés. Ces rombières se pavanaient au bras de leurs jeunes amants qui n’auraient su avoir la pine sure, sans viagra, cocaïne et promesse de stock en or dur.
De l’électro d’ascenseurs rythmait les passes de sacs d’os. Ces femmes cintres sans chaleur, présentaient des tenues que leurs créateurs qualifiaient de géniales et sur lesquelles je ne m’aviserais pas de donner mon sentiment. Donner un avis c’est accorder de la  valeur. Mon hôte était l’une d’elle. Je ne l’avais pas plus remarquée que ces autres échalas achalandés que je préférais ne pas regarder de peur de m’éborgner.

Durant cette course à sac que l’on faisait passer pour de la couture, je m’étais laisser approcher par une espèce de garçon coiffeur, un styliste du capillaire qui me promettait de bien me sucer. Promesse bien mal tenue, car hors sa frénésie et son gout prononcé à bien m’avaler, rien d’extraordinaire en rapport de ce qui était annoncé. Tout juste une bonne pipe à matelot qu’une bonne pute de BMR aurait su me faire en échange d’un mégot.
Rester sur ma faim, j’allais dans l’intention de le laisser me faire mon affaire par derrière. Mais au vu des cinq centimètres faiblissant qu’il proposait de m’enfiler, j’abandonnais et décidait de visiter la tanière où il m’avait traîné.

C’est là que je suis tombé sur Lily. Son amant ronflait. Ce fils de, que je ne nommerais pas, dormait du sommeil de celui qui se croit aussi bon baiseur qu’homme affairé. Il n’était ni l’un, ni l’autre et je le lui aurais bien expliqué. Que même né avec la cuillère en or, la CB du père et la peur du petit personnel à le contrarié, cela ne suffisait à changer la nature et en faire l’un de ceux que les femmes vénèrent. C’était malgré tout, suffisant pour régler les factures.
Je ne suis pas attiré par ces femmes maigres qui vomissent la nourriture. Qui avalent foie gras, caviar et autres poncifs de nos menus pour aussitôt courir se faire dégorger et avaler du laxatif. Je préfère la générosité, pas jusqu’à satiété mais j’aime les formes pas trop déformées. Même chez les hommes et si ils ne sont pas musclés, je les veux grassouillets, voir empâtés mais surtout pas maigrelet, j’aime la chair à tâter.
Pour Lily ce fût différent. Quelque chose m’attirait sur l’instant. De son lit, je la portais jusque sur le parquet, près de la porte d’entrée. Elle était aussi légère qu’une urne funéraire que l’on viendrait de vider.
A défaut de pétrir ses seins, je tirais fortement sur ses tétons tous en la fourrant par la bouche. Je n’eu aucun mal à trouver son clitoris. Au milieu de cette vulve sans chair, il paraissait presque aussi gros que le pénis de celui à qui je devais cette aventure, mais en plus dur. Quand elle jouit, j’entendis tous ses os craquer. Je les vis saillir, prêt à s’échapper en écharpant cette peau sans adiposité.

Je me demande encore ce qui m’a pris cette nuit là. Peut-être une envie de nécrologie, de baiser la mort, d’enfiler l’étroitesse cadavérique en espérant y insuffler un peu de vie. Je ne sais plus trop.

Je ne l’ai jamais revu, Lily. Je n’en ai jamais eu l’envie. J’ai appris sa mort dans les revues. Elle ne mettra guère de temps à se décomposer. C’est triste d’à ce point ne pas respecter le cycle de la vie et de ne rien laisser aux asticots, vers et autres bactéries de quoi faire festin et mieux se reproduire. A moins qu’elle ne se soit faite incinérer et dans ce cas le poids de l’urne n’en fût guère changé.

Si on m’avait demandé de lui dédié une épitaphe, j’aurais fait graver, je crois :

« Elle a pesé toute sa vie guère plus qu’elle ne pèsera toute sa mort »

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